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Bilan moral et financier (et un peu écologique)

19/06/2008 4 commentaires

Le Fond du tiroir existe depuis trois mois. Dans un souci de transparence, voici quelques données de type « bilan et perspective » de ma petite entreprise. Et ceci au beau milieu du temps des catastrophes, de la globalisation des violences tribales, du fatal réchauffement de la planète, de l’obligation de résultats du Ministère de la Francisque et de l’Identité Nationale, de l’effondrement conjoint du moral des ménages et du pouvoir d’achat (car le moral est lié intrinsèquement au pouvoir d’achat : voilà où nous sommes rendus), des tensions internationales et de la blingblingation de la France, des communautarismes imbéciles, des mariages annulés parce que l’épouse n’était pas vierge, des ressentiments sociaux évacués dans l’Eurofoot (hélas la catharsis a fait pschittt ! les Français sont éliminés ! ah, les nuls ! il faut par conséquent trouver un exutoire d’urgence : je propose de les lyncher en place publique), des égoïsmes décomplexés, des individualismes forcenés, des mémoires effacées, des politiques de saccage culturel, et des Rafales vendus avec le sourire en Arabie Saoudite. Et qu’est-ce que je fais, moi, au beau milieu de ce temps ? Je redécore le fond de mon tiroir. Il y fait frais. Voici l’état des lieux.

1) Le blog. Je me serai bien amusé tout au long de ce printemps pourrave avec mon joujou, merci beaucoup (grand merci, au fait, à mon webmestre qui préfère demeurer anonyme, son nom de famille étant compromettant). Mais je vais très prochainement le mettre en veilleuse, pour ne le réouvrir que lorsque j’aurai écrit un livre. Je crois qu’au fond du fond, je préfère écrire des livres que des blogs.

2) Mes apparitions publiques. Elles se sont multipliées comme jamais cette année. Hé bien, pour être franc, c’est trop. Comme un blog, c’est excitant, un agenda rempli. Mais ce n’est pas ce qui va me permettre d’écrire ce que je cherche. Par conséquent, pédale douce. En ce qui concerne mes apparitions virtuelles : les polémiques continuent de faire rage (ou plutôt de faire enrager) au sujet de la « littérature ado », chez Blandine Longre ou chez Citrouille et son forum [NDLR : ce lien-ci est pour le moment invalide, Citrouille ayant préféré déconnecté son forum où les échanges s’étaient envenimés…], mais désormais je les lis en me retenant de participer (et pourtant, je suis parfois indigné !) ; et en ce qui concerne mes apparitions physiques : ma dernière prestation de la saison aura lieu ce samedi 21 juin, 18h, à Grignan, et ensuite basta, plus rien jusqu’à l’automne. Je vais disparaître un peu, et si tout va bien j’écrirai. Ou même si tout ne va pas bien. Over and off.

3) L’actualité éditoriale : c’est vrai, au fait, « Le fond du tiroir » est, faute de terme plus adéquat, un « éditeur ». Une structure est née, à seule fin de bricoler des livres désintéressés et intéressants. Un premier livre est paru. Tiré à 260 exemplaires, vendu à ce jour à 84 (il en reste 176, mesdames et messieurs !). Etant donné le prix de revient calculé d’après mes frais d’impression et de graphiste, je récupèrerai ma mise, et par conséquent serai en mesure de programmer une autre publication, lorsque j’en aurai vendu 230 : il me restera alors les 30 derniers pour faire du bénef (parce que je suis un vrai biznessman)… Sauf que ce sera moins de 30, finalement, parce que j’en ai donné quelques uns…

Cet opus vit sa vie et engendre des effets à sa mesure, qui est toute petite. Une conséquence notable, toutefois : c’est fou le nombre de gens qui viennent me raconter leurs rêves (de même qu’à l’époque de TS, ils venaient me raconter leur dictionnaire). J’aime beaucoup ça. Certains même m’avouent qu’ils ne se souvenaient jamais de leurs rêves avant d’avoir lu l’Echoppe, ce qui est trop flatteur pour ne pas être suspect. Si je n’avais que ça à faire, je construirais un blog sur le champ où tout un chacun serait invité à écrire son rêve de la nuit dernière (l’idée me paraît tellement bonne que je suis certain que cela existe déjà…).

L’Echoppe est née de cinq conditions propices : le soin, la joie, la liberté, la grâce (au sens de « gratis ») et plus que tout une déterminante complicité avec le Factotum de première classe du FdT, j’ai nommé Patrick Villecourt. Patrick s’est dépassé sur ce bouquin sui generis à la mine gracieuse, mystérieux, homogène et pourtant fourmillant. Je le lui ai déjà dit en privé, mais je le répète devant tout le monde (ça va ? tout le monde est là ? serrez-vous, au fond) : merci, vieux. Nous avons bien travaillé sur cette Echoppe, MAIS ! MAIS ! MAIS ! on va faire encore mieux la prochaine fois. Parlons peu mais parlons bien, parlons de littérature, et d’avenir : voici le programme de publication 2008-2009 du FdT.

L’Echoppe ne sera jamais réimprimée, quelle que soit la durée nécessaire à l’épuisement du stock. Le caractère évanescent de ce volume fugitif comme une volute participe de la beauté du geste.

– Le deuxième livre à paraître devrait s’intituler Le plus beau pays. Il s’agit d’un projet ancien, ressuscité sur le tard, parce que très beau tout compte fait : bref, le profil idéal pour surgir miraculeux, miraculé, estampillé « Fond du tiroir ». C’est un album pour enfants, dans un format cinémascope et en quadri s’il vous plait. On rêve tout haut, on l’imagine, on ne se refuse rien, on ne vous dit que ça… Le texte est provisoirement-définitivement achevé, mais en revanche Patrick a une masse de boulot à accomplir sur les illustrations, encore plus conséquente que pour l’Echoppe. Donc on peut annoncer sa sortie pour l’hiver prochain, mais seulement pour pouvoir la retarder quand on sera parvenu là.

– Le troisième livre serait La légende du monde. Pour celui-ci, c’est surtout à moi qu’il appartient de turbiner (quoique la mise en page, à nouveau confiée à l’indispensable Factotum, sera croquignolette). Il s’agit de mon projet en alexandrins, ma saga du quotidien, mon chantier à la fois le plus sublime et le plus dérisoire. Lui aussi, il ne pourrait trouver place nulle part ailleurs qu’au Fond du tiroir. J’en ai écrit environ 15%, par conséquent son achèvement n’est pas envisageable avant 2009.

– Je ne voulais éditer au Fond du tiroir que les manuscrits au fond de MON tiroir… Sauf si je trouvais un manuscrit meilleur que les miens. Or, je crois que j’en tiens un. J’ai sous le coude un excellent texte, et encore, excellent dans une version inachevée. Son auteur est prévenu : voilà un roman que j’aimerais éditer ; mais le choix lui appartient : soit il a pour son texte de grandes ambitions, et il le propose à Galligrasseuil, soit il adhère à la démarche FdT (Soin, joie, liberté, grâce et complicité : maison de qualité, fondée en 2008), et il recherche exclusivement l’élégance et la perfection du geste, pour une distribution éthérée et underground. Ceci dit, j’apprends, je progresse, je corrige, pour ce livre-ci je ne ferai pas comme pour l’Echoppe : je ferai un tirage suffisant pour pouvoir dégager une marge adéquate permettant un dépôt en librairie. (Je rappelle que l’Echoppe n’est pas vendue en librairie pour une raison simple : la marge des libraires, environ 30%, m’obligerait à leur vendre ce livre moins cher que ce qu’il m’a coûté).

– Entre temps (mais quand ?) le FdT sera, je le suppose, devenu une association pour accéder à un statut juridique et financier. Plus ça va, plus ça ressemblera à un vrai éditeur. Dingue, non ?

– Reste le cas, sensible, d’un de mes livres publié ailleurs, et épuisé. Je suis très indécis. Savoir ce livre indisponible me brise le coeur et les couilles (excusez mon français). Je ne crois pas que le FdT soit l’éditeur qui convienne à ce livre, qui mériterait une vraie distribution, mais peut-être que je pourrais au moins faire un tirage d’appoint, une grosse poignée d’exemplaires en attendant qu’il trouve un vrai éditeur, afin de vivoter en attendant. Quoiqu’il en soit je ne ferai rien sans l’avis du co-auteur, et bien sûr de l’actuel détenteur des droits.

Voilà ! Toutes ces ambitions doivent être nuancées par les finances. Contrairement à certains éditeurs intrépides et torpillés, je ne veux en aucun cas (EN, AUCUN, CAS) dépenser de l’argent que je n’ai pas. Or, sur ce splendide planning, je n’ai, en l’état actuel, les moyens de financer que la moitié d’un seul livre (Le plus beau pays, a priori). Pour les suivants, il faudra attendre que de l’argent rentre, afin de le faire sortir.

Par ailleurs, j’ai des projets pour d’autres éditeurs, bien sûr. Jean II le Bon, et peut-être L’arbre et le bâton pour Magnier, et, à plus court terme, le bref 1969 pour Pré carré.

Et pendant ce temps, la planète se réchauffe, le moral s’effondre, etc.

Cher Martin

11/06/2008 un commentaire

La librairie la Dérive fêtera ses 30 ans les 3 et 4 octobre prochains. Ils m’ont très gentiment convié à la fête, notamment pour une rencontre conjointe avec ma bonne marraine Jeanne Benameur, et pour une contribution à leur revue, Rives et dérives, où chaque auteur qu’ils ont reçu par le passé est invité à rédiger un texte sur le thème, pas pire qu’un autre : « Emotion de lecture« . J’avant-premièrise ci-dessous mon article, en espérant que cela ne les fâchera pas… Je ne crois pas que le présent blog et leur revue aient beaucoup de lecteurs en commun, de toute façon… Et puis d’ailleurs, avant qu’il paraisse là-bas, je l’aurai sans doute entièrement remanié…

« Mon émotion, ma grande émotion de lecteur en 2008, c’est Martin Eden de Jack London. L’an zéro huit n’est pas terminé, mais je crois que sa tonalité dominante ne bougera plus. Ah, cher Martin ! Pauvre Martin ! Quelle force de la nature, et pourtant quelle simplicité ! Quels tourments, et pourtant quelle joie ! Quelle évidence, et pourtant quel art ! Quelle santé, et pourtant quelle horreur. Quelle vie. Quel livre.
Les grands livres sont des bornes dans notre histoire intime et infime. Même quand nous les relisons périodiquement, et forcément nous les relisons, pour savoir comment ils ont changé, comment nous avons changé, comment en somme ils nous ont changés, leur première lecture a marqué le temps qui nous est imparti.
C’est ainsi qu’il convient de mettre régulièrement à jour son curriculum emotionae. 2008 = Martin Eden, de la même façon que, en vrac, 2005 = Hyvernaud ; 1989 = Céline ; 1999 = Agota Kristof ; 1990 = Perec ; 2002 = Ernaux ; 1994 = Borges ; 1987 = Kafka ; 1992 = Guibert ; 1991 = Leiris ; 2004 = Grégoire Bouillier ; 1997 = Guy Debord ; 1985 = Alan Moore.
Et le tout premier, je crois, 1977 = René Goscinny. Dire que je ne me souviens pas de toutes mes années ! Certaines sont peut-être des années vides. Quel gâchis ! Et nous qui sommes mortels.
Rien à voir avec la chronologie ou l’actualité éditoriale. On lit les livres quand on peut, ou quand on doit. Martin Eden (paru en 1908, à un siècle tout rond d’ici) m’a été placé dans les mains par un écrivain, Jean-Marc Mathis. « Tiens, tu lis ça tout de suite. Quiconque écrit doit lire ce livre. » Or, voilà qu’il avait raison. Tout était là, c’est vrai. Merci, Mathis, merci encore. Je l’ai lu à 39 ans, ébloui, et nostalgique de la lecture que je n’en ai pas faite à 16 ans. Depuis, je le fais circuler. Je le prête, je l’offre, je le place à mon tour entre les mains de quiconque écrit, mais aussi bien de quiconque lit, c’est la moindre des choses. Parfois on me remercie après coup, parfois on me dit : « Ah mais attends, tu débarques, c’est mon livre de chevet depuis 30 ans ! », et on m’en récite une phrase. Les émotions circulent, frémissent, vivent, et sont encore plus belles. »

Echoppe bonus

06/06/2008 4 commentaires

L’Echoppe enténébrée (70 exemplaires écoulés sur un tirage de 260) comprend vingt-six articles. En voici un vingt-septième, déballé dans l’arrière-boutique.

Rêve de la reformation des Beatles

Vendredi 22 février 2008

Je me trouve dans un centre de vacances en été, comme quand je faisais des colos. Une réunion se prépare, préparation ou débriefing des animations en cours, et je suis tenu d’y assister. Nous nous retrouvons dans une sorte de salle des fêtes un peu délabrée, un peu miteuse, qui ressemble à la salle polyvalente des Saillants du Gua, dans une lumière très crue. Le but de cette réunion est la reformation des Beatles. Un cercle de chaise en plastique a été aménagé, nous nous asseyons, tout le monde est en short, en T-shirt, en sandales, il fait très chaud. Je remarque la présence des deux Beatles survivants, George Harisson et Ringo Starr [dans la réalité les deux survivants ne sont pas tout à fait ceux-là], qui sont là pour recruter les deux nouveaux membres. Je surprends des conversations, et j’apprends que je suis pressenti pour tenir la batterie dans la nouvelle formation. Je suis très embêté, parce que je n’ai jamais joué de batterie de ma vie, mais faire partie des Beatles, c’est quand même une sacrée occasion, ce serait dommage de louper ça, ça ne se refuse pas. J’échafaude des stratégies, je peux toujours leur dire oui maintenant, et ensuite proposer de jouer du tuba à la place de la batterie. Nous faisons un tour de table (il n’y a pas de table). Quand arrive mon tour, je me présente, « Fabrice Vigne, je suis né en 1969 »… Là-dessus Harisson sourit et glisse à l’oreille de son collègue : « Ah, 1969 ! Tu te souviens ? Nous étions en Inde. » Je suis très impressionné, mais je suis apparemment le seul dans l’assistance. Peut-être que toutes les personnes présentes dans cette salle des fêtes étaient elles aussi en Inde en 1969 ?

Soudain, je trouve saugrenu qu’on me propose la batterie alors que Ringo Starr est vivant, et même assis juste à côté de moi. Il semble deviner mes pensées et me donne une tape amicale sur l’épaule en me disant : « T’inquiète pas, tout va bien se passer ». Qu’est-ce qu’il est sympa, ce Ringo Starr. J’espère qu’il va me donner quelques tuyaux, pour la batterie. Je vais essayer de m’asseoir à côté de lui à la cantine.

Je me réveille.

Au fond du tiroir à gauche

09/05/2008 Aucun commentaire

Ce titre est, naturellement, un message politique.

Mais il signifie, par ailleurs et de façon obscurément métaphorique, que j’incite les quelques lecteurs de ce blog (ils sont sept, selon mon dernier recensement), à explorer les pages dont les intitulés se déploient ci-contre. Même s’ils les ont déjà survolées. Parce que je les remanie régulièrement. J’adore remanier. Je remanie toujours, c’est compulsif.

Ainsi, je viens de développer la page Ecrire d’une main, allaiter de l’autre, où je donne enfin, comme promis, des éclaircissements sur le tableau accroché là-bas. J’en profite pour parler un peu de littérature jeunesse, figurez-vous.

René Goscinny (1926-1977)

30/04/2008 un commentaire

Le 5 novembre 1977 trépassait René Goscinny, grand écrivain français, ni plus ni moins. J’ai rédigé un hommage de deux pages, et c’est là je vous prie de le croire, la moindre des choses, sur la bénéfique influence d’un auteur qui ne prenait ses lecteurs ni pour des adultes, ni pour des enfants, mais juste pour des gens d’esprit.

Le 13 mai 2007, je me trouve au salon du livre de Caen. J’attends le chaland sur mon stand. Sur le stand d’en face, je guette Anne Goscinny qui signe son roman, « Le père éternel ». Pour me désennuyer (le fait est que je signe moins qu’elle), je lui écris une lettre, au sujet de son papa, que je lui remets discrètement avant de quitter le salon. Elle ne m’a jamais répondu. Je suppose que des hommages à son père, elle en reçoit beaucoup.

Plus tard, je communique ce texte à Michel Lebailly, libraire et infatigable gardien de la flamme goscinnienne. Il me suggère de remanier la lettre en article, d’ôter ce qui en faisait une correspondance privée avec Anne (pour ce qu’elle en a fait, t’façons), pour publication dans son « Bulletin Goscinny ». Je m’exécute. Michel est enthousiaste quant à mon texte, à une phrase près. Cette phrase est « polémique », si l’on veut. Il me prie de l’enlever. Je rechigne un peu, puis finis par concéder à ce qui relève d’une gentille censure. Le n°5 du « Bulletin » vient de paraître, contenant mon article moins une phrase.

Si ça intéresse quelqu’un : quelqu’un peut m’adresser une demande par email, et j’enverrai gracieusement à quelqu’un par retour de courrier l’article (dans sa version non expurgée). Mais que cela n’empêche pas quelqu’un d’acquérir le par ailleurs intéressant « Bulletin Goscinny », disponible à la « Librairie Goscinny », qui est sise à Paris « rue Goscinny » (au moins c’est facile à retenir, tout ça), ou alors par corresponadance :

http://www.librairiegoscinny.com/spip.php?article1525

Pendant ce temps, à Landerneau

19/04/2008 7 commentaires

Si ma visite en Bretagne au mois de mai est finalement annulée, en revanche je provoque quelques remous dans le Landerneau « Littérature jeunesse ». Primo, je suis interviouvé par (la très subtile) Madeline Roth et mis à contribution dans le prochain numéro sur papier de la revue Citrouille, actuellement sous presse (http://lsj.hautetfort.com/). Deuxio, le blog du master 2 professionnel de littérature pour la jeunesse de l’université du Maine, animé par (le légèrement moins subtil) Bertrand Ferrier, cause de moi en se posant les bonnes questions : écris-je pour les ados ? Troisio, et voilà le plus amusant (et le moins subtil), je sers de repoussoir dans une polémique de longue haleine qui fait rage sur le blog de Blandine Longre . Ici, par deux fois, Jack Chaboud me traite à mots couverts d’escroc, parce que j’ai reçu (et même accepté ! et réclamé, si ça se trouve ?) un prix de littérature jeunesse pour un livre que j’avoue avoir écrit « sans me préoccuper de l’âge de mon lecteur ». C’est un scandale ! Je suis entièrement d’accord avec Jack Chaboud. J’ai l’intrépidité et la joie de foncer dans le débat.

Non mais écoute-le parler, l’autre

10/04/2008 un commentaire


Vous trouverez ici deux interviews conduites par mails au sujet des Giètes, la première recueillie par Martine Hamon, étudiante en Master « Littérature Jeunesse », et la seconde par Anne-Laure Cognet pour l’ARALD.

Et puis ici, c’est un peu hors-sujet mais tant pis, une interview sur Jean Ier le Posthume, réalisée par des enfants du Collège Diderot (Nîmes).

Ça a débuté comme ça

09/04/2008 un commentaire

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

Me r’voilà.
Je sais, je sais…
J’avais dit : « Je ne publierai rien en 2008 ».
J’y croyais, quand je l’ai dit.
Et puis non, et puis si, j’en publie quand même un petit, là.
Un tout petit, mais très beau.
D’où sort-elle, cette grossesse non prévue ? Cet enfant non désiré ? Ce bâtard sans père (sans éditeur) ? A notre époque, pourtant, où toutes les précautions existent !
Voilà l’histoire : l’Arald (bien connue Agence Rhône-Alpes pour le Livre et la Documentation) a eu la gentillesse et l’intrépidité de décerner un prix « Jeunesse » à mes Giètes, vous savez, ce livre paru l’an dernier et dont, depuis lors, je chante sur tous les toits que ce n’est pas du tout un livre jeunesse, mais bien plutôt un livre « vieillesse ». Bon, ce prix « jeunesse » étant assorti d’une forte somme, finalement pour cesser de pinailler je veux bien me montrer aimable et admettre que tout compte fait, en y réfléchissant, c’était un livre un petit peu « jeunesse ». On est bien peu de choses.
J’ai touché ladite forte somme le vendredi 4 avril, lors d’une petite cérémonie dans la cinémathèque de Grenoble (vous n’y étiez pas ? vous auriez dû).
Mais à présent que faire de cet argent providentiel et inespéré ?
Ben un livre, tiens.
Oh, oui, quelle bonne idée, un livre.
Un, livre ! Un, livre ! Un, livre !
Bon, d’accord.
Mais alors, un livre que je ferai tout seul, pour moi, et pour quelques autres, pas plus. Un livre autoproduit. (Vive la culture vivrière ! vive le livre de proximité ! vive l’autogestion ! vive le do it yourself ! vive les punks ! No future, comme je dis toujours.) Un livre sans but lucratif, sans libraires, sans distributeur, sans service de presse, sans prix littéraires, sans débats ni contre-débats pour fixer par décret l’âge du public cible (hi hi hi), sans rien, un livre fin-en-soi.
J’ai, vous le savez sans doute si vous avez reçu mes précédents faire-parts, publié deux livres aux éditions Castells. Cette belle aventure, en cours d’achèvement, ne présente pas un bilan unanimement euphorique, toutefois j’en retire un enseignement précieux, essentiel, lumineux : faire un livre n’est pas compliqué ; ce qui est compliqué, c’est le vendre.
Or, ce livre-ci dont je vous parle, j’ai envie de le faire, ah ça oui, mais pas spécialement envie de le vendre.
Alors c’est dit, c’est parti, hop, je le fais.
J’invente un nom fictif pour une maison d’édition : « Le fond du tiroir », enseigne explicite quant à ses ambitions éditoriales. (Pourquoi pas « Les calbuts qui débordent », tant qu’on y est ?)
Ensuite, je prélève dans le fond de mon tiroir un manuscrit substantiel, auquel je tiens, sinon ce ne serait pas la peine, mais dépourvu de toute chance de connaître le moindre destin éditorial ni commercial.
Ensuite, je le retravaille soigneusement, et l’adrénaline me grise.
Et je le vois prendre forme, et l’adrénaline redouble.
Et je demande un numéro d’ISBN, pour faire vrai, et pour bénéficier d’une TVA à 5,5% au lieu de 19,6, et l’adrénaline est à son comble.
Et je reçois mon n° d’ISBN. Oh, comme il est beau ! J’en ai déjà vus des ISBN, croyez-moi, mais aucun n’était plus beau que celui-ci. Je pourrais le réciter sans fin, élégant et sublime, pur et dense comme un haïku, 978-2-9531876-0-1, 978-2-9531876-0-1…
Et d’un seul coup, ça par exemple, mais ne dirait-on pas que « Le fond du tiroir » est un vrai éditeur, avec logo et tout ?
C’est bien imité, hein ?
Bon sang, mais… mais… mais cela voudrait dire… Je suis éditeur !
Bon, c’est pas tout ça, mais de quoi il parle, ce livre ?
On peut dire, primo, qu’il s’appelle L’échoppe enténébrée, récits incontestables, et que ce titre constitue un plagiat perequien sans scrupules ; secundo, que tant que vous ne l’aurez pas lu vous ne saurez pas si vous êtes dedans ou pas (alors, ça, si ce n’est pas efficace, comme teasing), et voilà strictement les seuls indices qu’on en peut donner sans déflorer l’intense suspense qui court au long de ces pages. N’insistez pas, vous n’en saurez pas plus. À quoi bon ?
Ah, non, attendez, tout de même, une autre précision indispensable : l’habile et exquis Patrick Villecourt, idéal acolyte illico promu au rang de factotum du « Fond du tiroir », a conçu ce livre, c’est dire si le volume flatte l’oeil, la paume, et le bon goût.
Il est imprimé à 260 exemplaires aux dépens de l’auteur (merci qui ? merci l’Arald), qui, pas chien, numérote et signe à la main chaque exemplaire.
Vous le voulez ? Vous y tenez ? Vraiment ? C’est pas pour me faire plaisir, au moins ?
Alors, c’est très simple : vous envoyez un chèque de 13 euros + 2,90 euros de port (si j’ai l’occasion de vous donner l’objet de la main à la main, laissez tomber le port, naturellement), multiplié par le nombre d’exemplaires dont vous avez besoin, à l’adresse suivante :
Le fond du tiroir, c/o Fabrice Vigne, 11 rue du Champa, 38450 Le Gua.
Vous libellerez le chèque à l’ordre de moi-même (mon nom est « Fabrice Vigne »), et ce faisant vous éviterez soigneusement je vous prie de libeller au « Fond du tiroir », option qui serait certes plus rigolote, mais m’obligerait à ouvrir un compte bancaire sous ce nom [Aggiornamento 2010 : c’est fait] – par conséquent je préconise cette plaisanterie exclusivement à ceux d’entre vous pour qui la fin du mois est précoce chaque mois, et qui préfèrent que j’attende un peu voire très longtemps voire la vie des rats avant d’encaisser leur règlement.
En outre, d’avance je vous remercie de vous abstenir de m’envoyer vos manuscrits, je ne les lirai pas, c’est pas parce que je suis « éditeur » (et que je dispose d’ISBN incomparablement plus beaux que ceux des autres) que je vais me mettre à publier des livres comme des petits pains. Eh, oh ! Je sais bien que, vous aussi, vous avez des tiroirs remplis à ras bord de manuscrits, mais si vous voulez les éditer, vos livres, vous savez ce qu’il vous reste à faire : décrocher le prix « jeunesse » de l’Arald.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, faites de beaux rêves.
Fabrice